PEINDRE AVEC DES PLUMES: UN ART, UNE TECHNIQUE...UNE VIE.

Sonia Wentser

AU SUJET DE L'ARTISTE

Sonia Koniaeff est née à Gatchina en Russie en mars 1916. Sa famille vit la révolution russe jusqu'en 1920 où elle émigre en Estonie.

C'est à Tallin, qu'à l'instar de milliers d'autres réfugiés durant cette époque troublée, ils se rebâtiront une vie.

Pour survivre, sa mère Nadine fabrique des fleurs à la main, métier qu'elle avait appris en dilettante quelque temps avant la Révolution.

Sonia s'intéresse très jeune à la peinture. Elle suit son premier cours de dessin à l'âge de 5 ans auprès d'Alexandra Jürgens, spécialiste de la peinture sur porcelaine et aquarelliste de renom. Elle apprend aussi le métier de fleuriste et en fera plus tard son gagne-pain.

Diplômée de l'École Normale Supérieure d'Anvers en 1936, elle revient en Estonie et donne des cours privés de français. Elle travaille aussi comme traductrice au Ministère des Affaires Extérieures d'Estonie.

En 1937, elle épouse Éric Wentser, comptable chez Métro-Goldwyn Myers, à Tallin.

1939 : La guerre bouscule les projets du jeune couple. Pour éviter d'être pris en souricière entre les Allemands et les Soviétiques, ils quittent l'Estonie pour la Belgique.

Arrêtés à Berlin, ils sont dépouillés de leurs passeports, et sont assignés à s'établir en zone occupée par l'armée allemande.

Éric obtient un travail de comptable pour le studio de cinéma Tobis. Sonia installe un atelier de fabrication de fleurs artistiques. Elle emploie jusqu'à 65 ouvrières sauvant plusieurs jeunes Polonaises du risque d'être déportées dans des camps de travail.

En 1944, ils plient de nouveau bagages devant l'avance des Soviets, n'emportant que l'essentiel : 2 valises et la voiturette d'enfant pour Elisabeth née l'année auparavant.

Réfugiés en Autriche, puis en Bavière à Passau, ils seront finalement relocalisés dans un camp administré par les Américains, en zone libre. Sonia y donne des cours de fabrication de fleurs tandis qu'Éric s'occupe du groupe de réfugiés estoniens.

Polyglotte, il sera d'ailleurs tout au long de la guerre réquisitionné par les Allemands pour s'occuper de réfugiés déferlant de tous horizons.

C'est en 1948 que Sonia arrive enfin en Belgique où elle retrouve sa mère et ses 2 demi-soeurs. Malgré le diplôme d'enseignement acquis en Belgique, elle n'a pas l'autorisation d'enseigner, elle décide donc d'ouvrir un nouvel atelier de fabrication de fleurs artistiques.

La famille s'agrandit avec la naissance d'une deuxième fillette. Le couple songe à émigrer pour s'installer définitivement. Plusieurs choix s'offrent à eux. Sonia choisit le Canada.

Sonia, Éric, les deux enfants et la belle-mère de Sonia "Oma" débarquent à Montréal en mai 1951 avec quelques malles et 500$ en poche.

Sonia ouvre à nouveau un atelier, puis en 1960, une boutique de chapeaux qu'elle fabrique. Mais l'effondrement de l'industrie l'oblige à réinventer autre chose: elle crée une collection de fleurs décoratives pour vitrines en 1963.

Raffinant toujours son art, Sonia Wentser a, au fil des années créé et fabriqué des milliers de fleurs: des centaines de modèles de fleurs en cuir, plumes ou soie, toutes le fruit de son imagination ou la fidèle reproduction de réelles fleurs.

En 1983 et 1985, partageant une technique qu'elle maîtrise si bien, elle publie deux livres traitant de la fabrication de fleurs en cuir et en tissus.

C'est en 1960 que Sonia Wentser réalise son premier tableau en plumes. Inspiré d'un conte, elle l'intitule " L'oiseau de feu".

C'est le début d'une merveilleuse aventure de création où le talent et l'imaginaire de l'artiste se conjugueront parfaitement.

À quatre-vingts ans, Sonia Wentser a produit au-delà de deux cents oeuvres qui se trouvent aux quatre coins du monde dont trois tableaux de la Collection Lavallin sont conservés au Musée d'Art Contemporain de Montréal.

Elle a peint, elle a écrit, elle a parlé de son art avec passion, une passion qui l'a accompagée jusqu'à la fin de ses jours..

Sonia nous a quittés le 11 janvier 2004 suite à une longue maladie. Son Art inusité lui survit, témoignage de son sens créateur et de sa Passion.



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ARS PLUMARIA

L'homme a de tout temps utilisé la plume.

Il s'en est servi pour se parer, décorer, se vêtir, marquer son rang social, écrire....

La plume pare le pharaon et l'empereur de Rome,les nobles de toutes les &eacutepoques, les chevaliers et les guerriers.


Cousue ou coll&eacutee, elle orne les attributs des Grands Prêtres.


Elle se prêtera à toutes les extravagances de la mode masculine et féminine.
La plume anoblira les artisans qui la travaillent et ce, surtout dans les civilisations pré-colombiennes.
Elle sera, pour les Aztèques, aussi précieuse que le l'or et le jade.


Flamboyante et colorée, la plume servira au Théâtre et au Music-Hall.
Plus humblement mais combien plus utilement, le duvet comblera les aspirations au confort des plus douillets d'entre nous.

La plume servira le talent des artistes"plumassiers"qui,au fil des siècles créèrent tableaux, mosaïques et costumes.
Quelques oeuvres ont échappé aux ravages du temps et à l'avidité des conquérants du Mexique; elles sont jalousement conservées dans les Musées,notamment à Mexico, au Musée National d'Anthropologie; représentée aussi dans le Codex Mendoza au Bodleian Library, Oxford.

Alors qu'en Amérique Centrale les traditions religieuses utilisant la plume étaient anéanties, un Italien, Dionisio Minaggio créait le Livre de plumes illustrant merveilleusement la faune ailée utilisant les plumes naturelles de chaque oiseau représenté.

Cet art n'est heureusement pas éteint puisque Sonia Wentser le fait revivre dans ses oeuvres; elle a dû développer des techniques personnelles qu'elle consigne dans un volume pour une future publication.
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LA TECHNIQUE

Cet art "consiste à obtenir des dessins sur un fond quelconque au moyen de barbes et de tiges de la plume..."

source:

Le commerce et l'industrie de la plume pour parures,par Edmond Lefebvre,Éditions de l'auteur,Paris,1914 en 50 exemplaires.



Cette définition de l'art de la plume résume trop simplement le défi qu'impose l'utilisation de la plume dans la création d'une oeuvre.

Chaque sujet requiert sa propre technique et la plume s'impose comme un matériau complexe qu'il faut bien connaître et dont il faut respecter les particularités.

Le support d'un tableau consiste généralement en une mince plaque de bois recouverte de tissus.
Le travail s'effectue à l'aide d'une pince fleuriste et de colle.L'artiste esquisse le sujet et commence à coller les plumes ou parties de plume une à une pour recouvrir le fond jusqu'à l'esquisse.
Sonia Wentser travaille ensuite le sujet à partir d'une de ses extrémités, par le bas ou le côté, terminant par le centre.
Ceci n'est cependant pas une règle absolue.

Durant tout le travail elle doit tenir compte des particularit&eacutes spécifiques au type de plume utilisé soit, sa structure tridimensionnelle, sa qualité de réverbération de la lumière, car une plume teinte n'aura pas la brillance d'une plume naturelle. La plume, comme le cheveu humain, possède ses propres qualit&eacutes de réflexion de la lumière.

La diversité, la densité et les couleurs sont autant d'autres éléments dont on doit se préoccuper.
En remplaçant l'huile, l'acrylique ou l'aquarelle par la plume, l'artiste doit recréer l'effet du coup de pinceau du peintre. Il faudra donc choisir minutieusement parmi des centaines de plumes, celles dont la courbure et la longueur des barbes produiront l'effet recherché

.

Par exemple, avec sa bordure rectiligne, la plume de dinde servira à souligner la maçonnerie, les tuiles d'un toit.
La plume joue avec la lumière. L'artiste devra être attentive à cette particularité: un reflet sur la plume peut déformer une perspective dessinée dans les règles de l'Art et produire un effet désastreux.

Sonia Wentser choisit les plumes en fonction de leur densité pour créer les transparences propres à la qualité d'une oeuvre. Ces transparences s'obtiennent en superposant les plumes de différentes teintes, quitte à n'utiliser que quelques barbes d'une plume.

Il ne suffit donc pas simplement de coller la plume sur une esquisse, il faut lui permettre de donner vie au tableau en maximisant ses qualités de mouvement, de luminosité et de couleur.


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Dernière mise a jour : 10 mai 2004 par Danielle Boissonneault

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